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Decryptage: L'Incubation D'Entreprises A Kinshasa

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Bien qu’il existe des structures d’incubations dans les principales ville du pays (Kinshasa; Lubumbashi et Goma essentiellement)  elles sont non seulement très peu connues mais aussi elles ne sont pas comprises par les personnes qui sont censées bénéficier de leurs services. Un grand travail de communication et de sensibilisation s'impose. C'est dans ce contexte que dans les lignes qui suivent nous allons présenter ce qu'est l'écosystème kinois de l'incubation (Pris dans son sens large).

Loin d’être une liste exhaustive nous avons répertorié un échantillon d' incubateurs actifs dans la ville de Kinshasa. Il s'agit essentiellement d' acteurs privés et de la société civile: Congolia, Ingenious city, Konnect, Kolissa de Dellions, KinStartup académie, Zaïre innov, Kobo Hub, Terroirs du Congo, Congo I-Hub ainsi que les projets d'incubateurs du fond de Promotion de l'Industrie et de l'Office congolais pour la promotion des PME congolaises ( OPEC).

1. Les acteurs et leurs motivations

L’incubation des entrepreneurs se veut être une activité à travers laquelle les porteurs de projets et entrepreneurs bénéficient d'un accompagnement qui peut se décliner sous plusieurs formes: espace de travail et hébergement, réseautage, renforcement des capacités managériales, formations, facilitation pour l'obtention de financement, etc.

Il ressort de nos différents entretiens avec les promoteurs de ces lieux dédiés à l'innovation que leur motivation première est de participer au renforcement de l’écosystème entrepreneurial congolais et de le faire rayonner au niveau panafricain et mondial.

"J'ai étudié à l'étranger...lorsque je suis rentré au pays et que j'ai voulu créer ma propre entreprise, on me l'a vivement déconseillé et on m'a dit que cela aller me porter préjudice non seulement financièrement mais également en terme de temps" nous raconte Monsieur Felix Mangwangu fondateur du MediaLab, une structure d'accompagnement des opérateurs économiques en général et congolais en particulier. felix

"Je me suis lancé dans cet autre type d'accompagnement des personnes qui ne sont pas forcement en mesure de me payer grassement, par ce que j'ai remarqué au sein de notre jeunesse beaucoup de talents qui ne demandent qu'un accompagnement et un cadre pour accélérer".

LatereMadame Sidonie Latere, fondatrice de Kobo hub, une plate forme qui se positionne comme un accélérateur des startups, nous révèle quant à elle  "Je suis entrepreneur, bien que j'aie trois sociétés aujourd'hui, je sais ce que c'est de marcher sous le soleil, se faire "piquer" les idées, ne pas se faire faire payer... Etre entrepreneur c'est super  difficile. Et en RDC c'est encore pire! Aujourd'hui avec ce que j'ai pu réaliser je travaille avec beaucoup des jeunes super talentueux mais malheureusement ils ne savent pas où aller et comment rentabiliser leurs talents. Au début j'ai commencé à apporter mes conseils de manière informelle mais au fur et à mesure je me suis rendu compte que c'est un marché énorme. D'où j'en ai parlé à des amis et au fur à mesure Kobo hub a vu le jour".

En outre, 100% des structures rencontrées sont une émanation d'une structure mère qui, dans certains cas, est dans un secteur tout autre que celui de l'accompagnement des entrepreneurs. Ainsi, Kolissa par exemple est une branche de la société Dellions PME un cabinet qui offre des services de conseils aux PME ce depuis plusieurs années déjà; Congolia est une branche de CMCT, une entreprise qui offre des services de communication; Zaire Innov est une branche de la Fondation Lumumba un espace d'innovation dans le numérique qui oeuvre à Kinshasa depuis 2013; Ingenious city est une branche de SYCOMORE VENTURE SARL, une société d’ingénierie financière;  Kinstartup Academy, un programme d'accelération de startup sous forme de téléréalité , est un produit de la fondation KA.

Cette configuration permet justement aux incubateurs de pouvoir supporter certaines charges car, comme nous le montrerons un peu plus loin, jusqu'à ce jour les incubateurs locaux ne sont pas encore rentables en tant que structure autonome.

Ayant fixé leurs objectifs et ambitions, quelles sont leurs cibles? Comment procèdent-ils pour sélectionner les projets à accompagner?

2. Les bénéficiaires ciblés par les structures d’accompagnement


Des cibles de tous les âges et de toutes les professions pour certains

Les premiers bénéficiaires ciblés par les incubateurs sont les porteurs des projets et les entrepreneurs peu importe leur âge ou leur situation socio professionnelle. Ainsi, chez Kolissa, l'incubateur de Dellions SARL, au délà qu'ils envisagent de créer un programme d'incubation pour les seniors, nous avons pu rencontré un porteur de projet médecin de profession et à Kins startup Academy nous avons rencontré un jeune à peine âgé de 16 ans qui est également incubé. Bien plus, Kolissa envisage de lancer un programme d'incubation spécial pour les séniors et les personnes retraitées.

Des cibles spécifiques, pour d'autres

En outre, certains incubateurs ont spécifiés leur cible. C'est dans ce sens que Terroirs du Congo du MédiaLab a fait le choix de travailler essentiellement avec les femmes. Monsieur Felix justifie son choix par le fait que dans le cadre de l'entrepreneuriat son constat est que la femme pus combative et dynamique que l'homme. "A cause de ses responsabilité en tant que mère, elle n'a pas d'autre choix que de réussir ce qu'elle entreprend. Aussi, , c'est une manière pour nous d'allier le business avec l'humain" nous dit-il.

Congolia, l'incubateur de CMCT,  tout comme Zaire innov, pour leur part,ont fait le choix de cibler les projets ayant une innovation numérique. Sur cette question, Idriss de Zaire Innov précise que "Lorsqu'on est dans le numérique on peut toucher à tous les secteurs. Certes nous sommes dans le numériques mais ça ne nous exclut pas d'un secteur particulier. On peut toucher à l'agriculture, à la médecine, etc


zair


Des  processus de sélection méconnus par le grand public

Toutefois, l'un des refrains souvent entendu auprès des porteurs des projets et entrepreneurs locaux est "le manque de structure d'accompagnement." En effet,  il est difficile pour les porteurs de projets ou entrepreneurs d’aller vers ces structures d'accompagnement  pour bénéficier de leurs services pour plusieurs raison: manque d'information, système de sélection soit trop rigoureux, soit pas clairement établis et la méfiance des entrepreneurs et porteurs de projets eux même.

 Le constat est que, jusqu'à présent,  le moyens le plus court et le plus direct pour accéder à ces structures sont les concours pour entrepreneurs organisés par différents organismes tant privés que publiques. Ainsi, 70% des  projets incubés à Kinshasa , notamment à Congolia, à  Konnect, Kinstartup Academy et à Kolissa;  ont pour la plupart été identifiés lors des différents concours pour entrepreneurs: Le hackathon de la Francophonie, le Hackathon sur la gestion des déchets plastiques en milieu urbain, le concours Bralima PME, le concours Kinstartup Academy etc.concours

Mais de plus en plus, les promoteurs d'incubateurs ont commencés à ratisser plus large et à aller au delà des concours pour entrepreneurs. C'est dans ce contexte que les institutions publiques tel que le FPI et l'OPEC vont lancer des incubateurs et faire des appels publics à projet. Medialab, à travers son incubateur terroir du Congo, a opté pour accompagner les producteurs et artisans locaux.

Force est d'admettre que certains responsables sont partisans de la mise en place d'un processus de sélection des incubés rigoureux. En effet, il ne suffit pas d'avoir un projet ou une idée innovante, il faut également avoir des capacité entrepreneuriales. C'est dans ce contexte que certaines structures, tel que Ingenious City où les futurs incubateurs du FPI prônent une phase de "pré-incubation" qui servira justement à mettre à niveau le porteur de projet et renforcer certaines capacités entrepreneuriales.

3. Les services proposés par les structures d’accompagnement

Comme souligné précédemment, le mode de fonctionnement est divers et varié ce qui fait qu'il n' y a pas un modèle unique d'incubation. Selon les structures, nous pouvons avoir plusieurs regards au sujet des incubateurs de Kinshasa.

Ainsi, de manière générale ont peut regrouper les services proposés en 4 grands groupes:

  1. 1.      Les locaux et la logistiques,
  2. 2.      Le conseil et la formation,
  3. 3.      Le réseautage,  et
  4. 4.      L'aide à l'accès au financement.

LES LOCAUX Et LA LOGISTIQUE


90 %  des structures d'accompagnement pour entrepreneurs que nous avons rencontrés offrent en premier lieu un espace aménagé servant de site d’hébergement et d’accueil pour les porteurs des projets et entrepreneurs. En effet, il n'est pas toujours évident d'avoir un bail professionnel bien situé lorsqu'on démarre son affaire. Surtout lorsqu'on sait ce que coute le prix de l'immobilier à Kinshasa.

coworking

Ainsi, les entrepreneurs poussent la porte des structures d’accompagnement pour, premièrement, y trouver un espace de travail. Ils recherchent en particulier des bureaux à louer à un coût abordable, une bonne connexion internet (principalement du réseau Wi-Fi), et des équipements et salles de réunion.

 "J'ai été entrepreneur je sais que lorsque je lance un produit je n'ai pas 500 usd à mettre dans un loyer. L'idée est de mettre un espace à  disposition des startups un espace de travail  convenable qui sait être accessible à faible cout" nous dit Sidonie Latere de Kobo Hub . "Avant les gens allaient travailler dans des resteaurants qui ne sont pas forcement  propices à l'innovation sans oublier que lorsqu'on travaille dans un reseaurant on est obligé de consommer et payer sa facture. Chose qui n'est pas toujours confortable pour des jeunes porteurs de projets" rencherit Idriss de Zaire Innov.

Ainsi, un des objectifs que se fixe les incubateurs déjà actifs dans la ville province de Kinshasa est celui d'offrir un espace de travail décent et répondant à un certain standard: énergie électrique, connexion internet, fourniture de bureau, salle de réunion, etc.

Les structures d’appui à l’entrepreneuriat comme les incubateurs ou les espaces de travail collaboratif mettent alors à disposition un certain nombre de moyens logistiques ( le cas du FabLab Lisungi qui offre un accès à des équipements dernière génération: Imprimante 3D, Brodérie numérique, etc), souvent sous la forme de location mensuelle ou trimestrielle. Au nombre de ces moyens, on peut citer : les bureaux, la location de salles de réunion à l’heure (une entreprise souhaitant recevoir un client) ou à la journée (un consultant ou un travailleur indépendant qui souhaite organiser des formations par exemple), de la documentation et bien sûr du matériel informatique (ordinateurs, imprimantes, scanners notamment).

LE CONSEIL & La formation


Pour aider les entrepreneurs à réussir, en plus de l'espace de travail, les structures d'accompagnement offrent des services de conseils sous  plusieurs formes variées: coaching, formations manageriales, Master class, ateliers, mentorat, etc. Ces activités jouent un rôle crucial pour renforcer durablement les capacités des entrepreneurs locaux et augmentent les chances de réussite et de survie des entreprises créées une fois sorties du processus d'incubation.

formations

 Ces activités de conseil et de formation peuvent être personnalisées ou collectives. Selon les structures , le plan de formation varie et comprend des modules différents. Mais de manière générale, on retrouve les questions liées au business model, au marketing, à l'analyse financière, au business planing, la gestion des ressources humaines, stratégie d'entreprise, et les questions liées à l'intégration des solutions numériques. Un entrepreneur doit en effet apprendre à savoir piloter l’ensemble des composantes de son entreprise pour diriger. Lorsque l’entreprise est créée et que l’entrepreneur est déjà quelque peu aguerri, l’accompagnement (en pépinière, accélérateur) prend la forme de soutien, et est tourné vers le développement d’affaires ou le financement.

Cet accompagnement en conseil, est  plus intensif dans certaines structures que d'autres. Ainsi, chez kolissa  dès le début du parcours en incubation un programme intensif de formation doit être suivi par les incubés. D'ailleurs le passage devant un investisseur est conditionné par la participation à au moins 80% des séances de formation pour chaque modules de la formation.

kolissa

zair Innov pour sa part dit proner un système d'incubation moins rigide. Ainsi, l'accent est plus mis sur le mentoring que sur des formations trop théoriques. Terroirs du Congo évolue dans le meme sens avec sa méthode du "Learning by Doing"

Ingenious City, quant à lui, qui se positionne à la base comme une plateforme qui rassemble en un seul lieu tous les acteurs de l’entrepreneuriat congolais (incubateurs et startups) met plus un accent sur les formations en marketing, en management, en vente, en gestion de la  Relation Client, en programmation et Self Development pour les jeunes entrepreneurs.

LE RÉSEAUTAGE


Dans la vie d’un entrepreneur, rencontrer des prospects (futurs clients), identifier des experts, partager son expérience, trouver des partenaires est vital. Le réseautage trouve donc une place de choix Parmi les services proposés par les structures d’appui. Les structures d’appui aident de plus en plus les entrepreneurs à élargir leur réseau par l’organisation d’évènements : Workshop, ateliers, concours, compétition de Pitch, Hackathons, séminaires, rencontres d’affaires notamment.

Ces évènements sont aussi des outils de sensibilisation puissants. En Afrique, ce sont à travers les évènements que les apprentis entrepreneurs découvrent et touchent du doigt pour la toute première fois l’univers de l’entrepreneuriat. Ils y rencontrent parfois leurs futurs cofondateurs, mûrissent leurs premières idées d’entreprises, rencontrent des mentors qui vont suivre leur progression et les aider dans le temps. Les évènements liés à l’entrepreneuriat innovant sont de formidables outils d’évangélisation. C'est ainsi que Ingenious city, Congolia et Konnect multiplient les évènements favorisant le réseautage.

LE FINANCEMENT

L’accès au financement est la deuxième contrainte à laquelle doit faire face les entrepreneurs locaux après l'accès à l'infrastructure (D'après une récente étude de la Banque Mondiale sur les difficultés des PME en Afrique subsaharienne).

Ainsi, l'une des  attentes importantes et vitales des entrepreneurs  est le financement de leurs projets, qui est souvent une vraie difficulté, surtout en début de parcours (c’est-à-dire avant d’avoir pu réaliser un premier chiffre d’affaires), et encore plus dans le domaine de l’innovation (synonyme de potentiel, certes, mais aussi de risque). Cette difficulté est encore plus forte en RDC car l' écosystème ne dispose pas d'un mécanisme de financement d’amorçage.

Ainsi, toutes les structures rencontrées  font de l'aide au financement un pilier majeur de leur offre des services. Toutefois, le défis reste énorme. La plupart des incubateurs, eux mêmes, et autres structures de soutien à l’entrepreneuriat manquent de ressources financières ce qui ne leur permet pas  de financer directement les projets accompagnés. D'où, l’aide au financement consiste souvent en une aide indirecte, passant par une tarification basse ou aménagée des services fournis, et par une intermédiation vers les bailleurs de fonds publics et/ou privés.

Ainsi, Kobo hub par exemple a permis à l'un des projets incubés chez lui d'effectuer une levée des fonds via une plateforme de financement participatif. L'objectif a été  de réunir une somme de 8000 USD pour renforcer l'équipement de cette startup.

Sapatu

Pour les autres, la stratégie pour obtenir des financements pour les projets incubés passe par la mise en place des partenariats avec des fonds d'investissements, institutions internationales et business angels étrangers. Une chose est sure, localement il n' ya pas d'acteur financier qui prennent suffisamment de risque pour financer ces projets.

Toutefois, le FPI, à travers sa nouvelle stratégie qui passe par la création d'incubateurs pour financer des projets agro-industriels pourrait faire la différence. En effet; son modèle de fonctionnement prévoit une adaptation de ses critères de financement pour les startups qui y seront incubées, notamment par la reduction de la garantie, du prét moyen, du taux d’intérêt et extension de la maturité et des prts d'amorçage et des pret de croissance.  Mais attendons voir.

DES DIFFICULTÉS COMMUNES


Bien évidemment les difficultés ne manquent pas pour ces structures d'accompagnement d'entrepreneurs de Kinshasa. Au delà de la question de financement (révélée par tous le monde), surtout lorsqu'on sait qu'il n'existe pas des subventions publiques pour ces acteurs; chacun à revelé des difficultés particulières:

  1. 1.      Accès à l'energie éléctrique
  2. 2.      Le cout d'internet
  3. 3.      Le cout du loyer


Le mental: un obstacle à l'éclosion de l’écosystème

Au delà de la question de financement et de logistique, David Mudilo responsable de Konnect explique : « En tant qu’entrepreneur je dois être flexible, je m’adapte à toutes les situations et je m’adapte à la situation du Congo bien qu’elle soit plus difficile qu’ailleurs mais c’est la situation que beaucoup d’autres entrepreneurs rencontrent ici en RDC donc je ne peux me plaindre, une des choses sur lesquelles je peux me plaindre quand même , c’est la qualité de certains jeunes en terme de compétence et là je ne remets pas en cause le savoir-faire mais surtout le savoir-être. Il y a beaucoup de jeunes qui veulent gagner rapidement de l’argent, être riche très rapidement et n’ont pas la patience de construire quelque chose. »

Pour Congolia la difficulté rejoint celle des autres bien qu’il insiste sur le fait que « Ailleurs les incubés ont déjà une certaine connaissance quand à ce qu’il se passe dans un incubateur mais en RDC il faut reprendre tout dès le début . c’est qu’une personne qui porte un projet n’a pas toutes les connaissances mais il y a vraiment un problème au niveau de connaissance par rapport à l’entreprenariat. Beaucoup de jeune ici ne savent c’est quoi un incubateur ».

Bien que le système économique du pays n’encourage pas beaucoup l’implantation de ces structures d'accompagnement de l'entrepreneuriat:  plusieurs facteurs les incitant plus à mettre la clefs sur la protes plutot qu'à se développer; ils résistent et survivent malgré tout. Avec la nouvelle vague entrepreneuriale qui marque tant le milieu professionnel que celui estudiantin il est clair que les incubateurs ont leur places au sein de l’écosystème congolais.


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